Henan (5) : Trajet de Shaolin à Zhengzhou
30/05/09
Nous repartons de Shaolin dans un petit bus, pour redescendre à Luoyang. Au moment d'acheter les billets, le chauffeur annonce que le départ est dans 10 minutes. En réalité, nous ne partirons que quand le bus sera plein. Au bout d'une demi-heure environ, il reste deux places à combler, et tous les voyageurs menacent de descendre et se faire rembourser les billets si nous ne partons pas sur le champ. Le chauffeur s'execute donc. Nouvelle démonstration du marché à l'état pur.
Au bout de deux ou trois heures de route, nous arrivons a Luoyang, ou nous prenons les billets de train pour Zhengzhou (capitale de la province du Henan). Au niveau des trains, il n'est pas possible d'acheter son billet plus de 2 semaines à l'avance. Tout doit se faire quasiment sur le moment. De même, il n'est pas possible d'acheter un billet pour n'importe quelle destination depuis n'importe quelle gare. Un aller-retour n'est même pas toujours gérable, et dans le cas présent nous ne pouvions pas acheter nos billets retour au moment de partir de Beijing. Une photo de la gare pour comprendre le niveau de perte d'un individu qui ne parle qu'anglais :
En attendant le départ du train, j'achète deux petits pains, un sucré et un salé. Pour une bouche européenne, ce sont deux pains salés. Elfisme. Puis nous passons tous les contrôles habituels et montons dans le train. Voici un passager qui s'est tout simplement glissé sous la housse du siège pour pioncer, la tête sur son ordinateur portable. Amour :
Je commence à engager la conversation avec 3 chinois, histoire de rien lâcher. Comme prévu je ne comprends rien, mais ils continuent d'insister. Je leur balance donc un petit "Wo hai tchong kwe" (J'aime la Chine), un petit "Fa kwe jen" (Français). Cela a évidemment pour effet de leur faire croire que je parle chinois, et ils redoublent de questions. Ayant épuisé presque toutes mes cartouches, je me mets à répondre par des chiffres (j'ai appris à compter). Le dialogue devait surement ressembler à quelques chose du type :
"(Eux) - Tu viens de quelle ville en France ?
(Moi) - ...
(Eux) - Alors tu viens de quelle ville ? Ta ville, V-I-L-L-E ?
(Moi) - ...
(Eux) - Bon alors tu es ici en voyage ? Tu travailles ?
(Moi) - Sssse ! (traduction : 4)
(Eux) - Non, on t'a demandé si tu es en voyage ?
(Moi) - Liu ! (6)"
Gniiiiii... Anne vient alors traduire. Ils lui disent que je ne réponds pas, et elle leur explique que je ne parle pas chinois. Ils lui disent que pourtant ils m'ont bien demandé si je parlais chinois. Mais en chinois.... Tout simplement atomique. Voilà sinon à peu près ce qu'on peut retirer de la conversation :
1) Premièrement, on en vient très vite au sujet de l'argent. Ils me demandent tout de suite combien je gagne et si je suis riche.
2) Ils nous demandent ensuite si nous sommes mariés. Quand nous leur répondons que non, ils s'étonnent. Selon eux, une fille doit se marier vers 23 ans et un garçon vers 25. Puis ils parlent des blondes qu'ils ont vu à la télé, me proposent une cigarette et un peu plus tard me proposent d'aller au restaurant avec eux quand nous seront arrivés. Ils m'appellent "petit frère". Par "aller au restaurant", il faut bien sûr entendre "aller voir des prostituées", ce qui est courant ici et notamment en repas d'affaires.
3) Leur discours est à fond pro-chinois. Ils m'expliquent ouvertement que la Chine va bientôt surpasser tous les autres pays du monde, et manger le monde occidental.
4) Lorsque je lui demande ce qu'il pense du fait que des occidentaux viennent travailler en Chine, il dit que c'est bien. Avant il n'aimait pas ca, mais maintenant il dit que cela contribue au développement de son pays et que le gouvernement s'arrange pour que la Chine en retire les fruits.
5) Lorsque je lui demande si la Chine conserve les traditions, il me dit franchement que non. Pour lui, le développement est incompatible avec la tradition, et d'ailleurs celle-ci ne sert à rien. C'était différent il y a 100 ans, et ce sera différent dans 100 ans. Selon lui, la tradition vit grâce aux anciens, et disparaîtra avec eux.
6) La Chine en trois mots selon eux : "De belles mers, de belles montagnes, de belles femmes".
Nous arrivons à Zhengzhou. Il est un peu tard mais nous tentons de pousser jusqu'a un petit village qui paraît-il est en altitude dans des endroits vertigineux. Nous prenons donc un bus pendant 1 heure, pour nous rendre compte à l'arrivée que nous n'aurons pas le temps d'y arriver et d'être de retour le lendemain pour notre avion. Nous n'avions lu que la moitié de l'itinéraire, et il nous aurait fallu encore 3 heures de plus. Nous reprenons donc le bus en sens inverse pour aller dormir à Zhengzhou et savourer la loose de la séquence. Toujours au top, on ne lâche rien.